Niger

Réunion du Comité National de Santé lors de la revue annuelle de sante 2014, Niger.  Photo: Bureau regional de l'OMS.

En route vers une nouvelle politique nationale de santé au Niger

29 October 2015

Le jeudi, 22 Octobre 2015, le Ministère de la Santé Publique au Niger  a validé la nouvelle politique nationale de santé du pays pour sa prochaine adoption en Conseil des Ministres. Le Niger franchit ainsi une étape essentielle vers l’objectif d’une meilleure santé pour tous. La population du Niger, que peut-elle attendre de ce nouveau document stratégique? Quelles sont les leçons apprises du passé qui devront être pris en compte afin d’assurer une meilleure prestation de services au futur ?

Afin de répondre à ces questions, et sur demande du Ministère de Sante Publique (MSP), l’OMS avait, durant ces derniers mois, mis à disposition une expertise internationale en appui au groupe technique mis en place par le MSP pour l’évaluation de la PNS actuelle et son actualisation en vue d’une nouvelle PNS. Cette expertise a été fournie dans le cadre du partenariat UE-LUX-OMS. Le groupe technique comprend des cadres du MSP, du Ministère de la Planification, du Ministère de l’Economie et des Finances, les partenaires techniques et Financiers et des représentants de la Société Civile.

L’OMS a également joué un rôle prépondérant dans le processus d’évaluation : Sous la coordination administrative et logistique du MSP, l’OMS a coordonné techniquement l’ensemble du processus d’évaluation et d’actualisation de la PNS. Cette fonction a consisté à définir la méthodologie, à repartir les responsabilités entre les différents acteurs dans la collecte et l’analyse des données et dans la rédaction de différentes sections des rapports d’évaluation.

Il reste à savoir quels étaient les fruits de cette collaboration effective entre différents acteurs nationaux (MSP, autres ministères, société civile), d’un cote et de l’OMS et d’autres partenaires au développement de l’autre – en d’autres mots : quelles étaient les principales conclusions de l’évaluation et comment elles ont été intégrées au texte de la nouvelle PNS.

Premièrement, le rapport d’évaluation, validé par le Comité de Pilotage, a retenu de nombreux progrès faits au cours des dernières années par le Niger dans le domaine de santé, notamment en ce qui concerne la réduction de la mortalité infantile et de la prévalence du VIH/SIDA, l’arrêt de la circulation du Poliovirus sauvage et l’éradication du Ver de Guinée.

Cependant, de nombreux défis restants ont été relevés: Selon le rapport, peu de progrès avait été réalisé sur la plupart des thématiques identifiées comme prioritaires à l’élaboration de la PNS en 2002.  C’est le cas de la couverture sanitaire qui est restée stationnaire, de  l’insuffisance du financement de la santé  et des questions relatives aux ressources humaines (RHS) qui se posent avec la même acuité qu’en 2002 – telles que l’insuffisance de RHS sur le plan qualitatif et quantitatif, la répartition inéquitable des RHS et la politisation de la gestion des RHS.  Très peu de progrès ont été réalisé dans le domaine de la santé maternelle. La carence de données disponibles sur la lutte contre les maladies non transmissibles est une évidence que cette dernière n’est pas encore suffisamment organisée dans le pays.

Les principales recommandations ressortant de l’exercice visent donc à surmonter ces défis, notamment en suggérant de :

  1. Reconduire dans la nouvelle PNS, les priorités de la politique sous-évaluation sur lesquelles les résultats ont été insuffisants ;
  2. Affirmer l’adhésion du pays au renouveau des Soins de Santé Primaires  (soins de santé centré sur la personne) et aux réformes qu’il préconise
  3. Faire de la couverture universelle une priorité de développement dans la nouvelle PNS. Celle-ci devra tirer profit des expériences existantes dans le secteur (gratuité, fonds social, assurance maladie, mutuelles de santé, etc. ;
  4. Mobiliser davantage des ressources internes (15% du budget de l’Etat et 8% des collectivités territoriales)  et externes en faveur de la santé au cours de la mise en œuvre de la nouvelle PNS ;
  5. Mettre en place un dialogue multi sectoriel efficace en faveur de la santé efficace en vue de promouvoir la santé dans toutes les politiques
  6. Prendre en compte les questions relatives à la transition démographique, la transition épidémiologique, la transition nutritionnelle, le changement climatique et les problèmes sécuritaires auxquels le pays fait face dans la PNS ;
  7. Prendre en compte dans la nouvelle PNS des thématiques pertinentes qui ont émergé lors de la mise en œuvre de la PNS sous-évaluation (la gratuité, la couverture universelle en santé, du redécoupage des districts sanitaire de plus de 500 000 habitants, etc.).
  8. Mettre en place un cadre organique pertinent par rapport à la mise en œuvre de la nouvelle PNS d’une part et, d’autre part comme outil de gestion prévisionnelle des ressources humaines pour la santé.
  9. Recapitaliser l’Office National des Produits Pharmaceutiques et Consommables médicaux et améliorer sa gestion interne pour lui permettre de remplir ses missions ;
  10. Privilégier la multisectorialité comme approche dans la résolution des questions relatives aux ressources humaines pour la santé.

Ces recommandations ont dument été prises en compte pour la finalisation de la nouvelle PNS.

Un des principaux pas à prendre pendant les mois qui suivront la publication de la nouvelle PNS sera sa mise en œuvre à travers l’élaboration des Plans de Développement Sanitaire (PDS) qui couvriront une période 5 ou de 10 ans. Les PDS seront budgétisés et sur cette base, un cadre des dépenses sectorielles à moyen terme sera élaboré pour une période de 3 ans.

Toutefois, un des défis principaux à surmonter dans ce contexte est que la proportion actuelle du budget de l’Etat attribuée à la santé n’est que d’environ, 6,8% (2014). Elle a varié atteignant le plafond de 9,98% lors de la mise en œuvre de la PNS, n’ayant toutefois jamais atteint les 15% recommandés de la Déclaration d’Abuja. L’accroissement des ressources financières destinées à la santé, qui inclut la mise en place de financements innovants en faveur de la santé, font partie des axes de développement inscrit dans la nouvelle PNS.

Le rôle du partenariat sera double dans la mise en œuvre de la nouvelle PNS. Le premier rôle est stratégique et le second est technique. Le rôle stratégique consistera à renforcer la dynamique de dialogue politique multisectoriel et efficace en incluant d’autres secteurs tel que le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère en charge de la Décentralisation, le Ministère en charge de l’eau et de l’environnement, le Ministère de la Fonction Publique et de l’Emploi, le secteur privé, les organisations de la Société civile, les partenaires techniques et financiers. Ce dialogue permettra  de créer des conditions pour mettre en pratique les principes de la santé dans toutes les politiques. Ceci est d’autant plus important que l’évaluation de la PNS a démontré que  pour un impact significatif sur la santé de la population, le secteur de la santé ne peut agir seul.

Le rôle technique de l’OMS consiste à appuyer le MSP et ses partenaires dans la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de la PNS. Ceci inclut la planification stratégique (élaboration des plans de développement sanitaire) et opérationnelle (cadres de dépenses sectorielles à moyens termes, plans d’action opérationnels, cadre de suivi et évaluation organisation des revues annuelles sectorielles).

Le rôle de la Société Civile sera renforcé à travers les organes de dialogue politique en santé à tous les niveaux du système de santé. Ce rôle de suivi sera beaucoup plus direct à travers la participation de la société civile dans les instances de gestion des services de santé au niveau des districts (Comité de Gestion des Hôpitaux des Districts et des Centres de santé intégrés (CSI).

Le renforcement du partenariat entre le MSP et le secteur privé de la santé est l’une des réformes envisagée dans le nouvelle PNS. L’audit institutionnel du MSP réalisé en avril 2015 a révélé que le secteur privé est très dynamique dans l’offre des services de santé au niveau du pays, mais la collaboration entre le secteur public et le secteur privé est très faible. Le but est maintenant d’explorer comment le secteur pourra contribuer à augmenter la couverture sanitaire et à améliorer l’offre des soins de santé de référence à tous les niveaux du système de santé.